... c'est une invitation à un voyage fantasmagorique

d'où émergent des être du papier egt de mon imagination.

Les formes insolites et les couleurs pétantes

se mêlent dans une danse endiablée.

Mes sources d'inspiration !!?

Là où mes yeux se posent et mon âme éclate.

Je crée chaque jour dans une débauche

de joyeuseté, de spontanéité,

                                  de sensualité et de sérénité. 

Depuis l'enfance, le dessin fait partie de ma vie comme une évidence. C'est par ce biais que je me suis libérée d'émotions trop vives. 
De petites monstres et gribouillis ont alors recouvert mes cahiers d'école. 
Et c'est quelques années plus tard, lors d'une visite au Musée du Jeu de Paume à Paris, avec l'exposition "La clé des champs ou l'art des fous", que j'ai découvert de magnifiques oeuvres. Ces dessins ont donné une légitimité aux miens et m'ont encouragé dans cett voie-là.

Il est un art de la nécessité,  indispensable dans mon chemin de vie. 
La sculpture intervient un peu plus tard avec la technique de la pâte à papier, que j'ai appréciée et très vite adoptée.
Je fais le va-et-vient entre le volume et le dessin, l'un améliorant l'autre. 

Je laisse filer mon crayon sur la feuille jusqu'à satisfaction. La sculpture est à peine différente, je pars d'une vague idée qui ne manquera pas d'écoluer au fur et à mesure du travail. Une fois l'oeuvre terminée, vient l'étape d'interprétation, d'observation qui va déterminer le titre, le sujet....

Mon univers est coloré, fantasque, exébérant. Il est peuplé de chimères, d'êtres ailés ou cornus, qui déambulent dans un décor végétal ou aquatique, fait de motifs répétitifs, compulsifs.

Mes sources d'inspiration sont multiples et infinies. Tout pique ma curiosité, tout aliment mon imaginaire. 


Ka Ti

Le travail de KA TI est coloré, joyeux, léger, dense, exubérant et sage!

J'ai bien conscience, en disant ça, que l'accumulation d'adjectifs n'est pas une solution pour une peinture difficile à décrire (mais n'est-pas toujours le cas?): entre figurations cosmologiques et planches de zoologie. Une peinture très proche des tapisseries de Jean Lurçat, pour le motif et la couleur bien sûr mais aussi pour la matière: crayon de couleur donnant à la surface l'aspect soyeux d'un tissu. Chaque tableau semble être un fragment d'une œuvre plus vaste, perdue ou à venir, un gros plan sur le détail d'une fresque, suspendu entre l'infiniment grand et l'infiniment petit. La vue de l'univers par le petit bout de la lorgnette en quelque sorte ! La toile à peine effleurée et parfois, quelques sur-épaisseurs, incrustations de matières prises comme des insectes nocturnes dans un piège lumineux.

 

Mais qu'est-que ça représente!?

 

Ne regardez pas le titre! Il ne précède pas le tableau, il s'y accole après coup comme par effraction.

Alors, pas de titre, pas de projet, pas de thème, pas d'architecture, pas de représentation, on n'est pas au théâtre! Juste le choix de la couleur du premier crayon! Après...eh bien après le dessin prolifère et c'est tout, il prolifère à partir d'un point B.B. (Big Bang) et envahit l'espace en toute liberté à la manière de : chapeau de paille, paillasson, somnambule, bulletin, tintamarre.... Le crayon n'aime pas la précipitation, alors la main est patiente, posée, elle a tout son temps. La peintre  tient tout entière dans la mine de son crayon. Tout en elle est en ébullition sauf la main qui reste sage! La ligne et la couleur décident des formes et suggèrent les figures. La perspective est encore à deux dimensions, les lois de la génétique ne s'appliquent pas.

Seul le troisième œil reste vigilant. Et encore! La vigilance méridionale d'un jour d'été à l'heure de la sieste!

 

Le travail consiste à être totalement dans le présent de l'œuvre. Rester disponible, détendue, attentive et minutieuse pour ne pas rater les petites singularités qui rendront le "voyage de peindre" unique et précieux. Ne pas accueillir les idées nouvelles comme des concepts intellectuels mais comme des motifs décoratifs (Je sais, dans le "milieu" la posture convenue, aujourd'hui, est au mépris de la peinture décorative; tant pis pour le milieu).

Le titre viendra beaucoup plus tard, parfois à contre cœur! Il pourra même venir du public. Il ne faudra pas le prendre comme une "injonction" à comprendre comme ceci ou comme cela, plutôt comme une clef, juste une petite clef d'or qui permet parfois d'entrer dans l'image, qui s'y ajoute.

Ou qui permet, au contraire, d'ouvrir une porte dérobée vers d'autres horizons.

Pourquoi essayer de décrire.

 

Ka Ti nous propose un labyrinthe sans mur, un "jardin à la française" créé par un pâtissier ivre d'amour. On choisit de s'y perdre ou pas. Ça ne sert à rien de décrire.

Décrire!

Presque: décrier!

Ça sonne comme: désécrire.

Picasso disait, je crois: on passe 10 ans à apprendre à peindre et le reste de sa vie à désapprendre!

Peindre et dépeindre.

Écrire et décrire.

 

Je me suis demandé ce que serait l'équivalent en écriture de cette peinture:

Écriture psychédélique, automatique? Désécriture?

Je me suis donc essayé à faire un faux: un faux tableau de Ka Ti, uniquement avec des mots:

Voici le résultat:

Il faut commencer avec une page vide donc: (pas de titre)

 

Au commencement, il n'y avait rien...

Ni haut ni bas, ni avant ni après, ni lumière ni obscurité,

Ni être ni non-être, ni pensée, ni projet...rien.

Il n'y avait qu'un œil, aveugle, ni mobile ni immobile, dans le rien.

Et l'œil s'impatienta.

De son impatience naquit le temps et le temps se mit à passer éternellement,

L’œil faillit s'endormir.

C'est alors qu'apparurent les bulles de savon, partout, de toutes les tailles

Et avec elles:

les Phospholipides amphiphiles à queue hydrophobes tournées vers l'intérieur.

les Phospholipides amphiphiles à têtes hydrophiles tournées vers l'extérieur.

Et la musique des sphères.

 

L'iridescence éclaira le rien qui devint un vide éclaboussé de lumières et de sons.

L'univers irisé était né, d'un coup, dans toute sa complexité et jeune beauté :

                  

 Un œil regardant des bulles de savon avec des têtes et des queues.

 

Très vite, quelques milliardièmes de milliardièmes de millisecondes après l'apparition des bulles, l'œil ne sut déjà plus où donner de la tête.

Les bulles créèrent l'eau et les miroirs et éclatèrent en millions de gouttelettes.

Leur éclat produisit le rire et le souffle.

Du rire jaillit la bouche.

Du souffle jaillit la buée sur les miroirs et les premières baudruches.

Les gouttelettes giclaient, gonflaient, se tortillaient, en ronds, en brume, en pointes, se regroupaient, glissaient sur les lunettes.

 

L'œil, ne sachant pas par quoi commencer, se gavait de formes et de couleurs. Ses cônes et ses bâtonnets se tordaient de rire si bien qu'il se dédoubla lui-même par pliage de rire, inventant au passage Janus et le test de Rorschach.

Ils furent donc deux yeux rieurs.

Et leurs larmes de rire fertilisèrent l'espace.

A deux, les yeux se mirent à voir des reliefs.

Derrière les têtes, ils virent les grenouilles

Rhinoderma mâles accoucher des têtards par la bouche.

Ainsi naquit l'enfance.

Avec l'enfance naquirent les oiseaux-mouches et les moucharabiehs.

Derrière les queues, ils virent des poissons lune.

Ainsi naquit la nuit.

Avec la nuit naquirent les étoiles de mer et les corps abandonnés.

Derrière la nuit, les yeux découvrirent le cosmos.

Ils y virent la première constellation: la Chèvre-poisson.

Deneb Algedi, queue de l'enfant, étoile double, la blanche.

De la grande Chèvre blanche naquit le Cachemire.

Du Cachemire naquirent la chaleur, les fleurs, les plumes et les chenilles urticantes.

 

L'Univers, à cette époque était un bouillon de culture amniotique grouillant de choses-créatures  invraisemblables. Les équilibres les plus saugrenus animaient ce merveilleux cirque des origines.

Tout y était vivant:

Les corps et les fragments de corps,

Les couleurs et les fragments de couleurs,

Les animaux et les fragments d'animaux,

Les tissus et les fragments de tissus.

La chair et les fragments de chair.

Chacun enfantait son voisin puis se dispersait

Pour se recombiner aussitôt ailleurs

Le temps annelé s'enroulait autour des arbres

Un pied-langue se léchait les ongles en bleu

Les chevaux rouges perdaient leurs feuilles au printemps.

Au fond de la mer, des échassiers masqués gardaient des troupeaux de bonbons au miel.

 

En entendant "bonbon au miel", la bouche, née du rire, se mit à saliver.

Elle regarda le nouveau monde avec l'avidité d'un ventre et vit:

De la gelée de coing tentaculaire, des sexes-berlingots, des oiseaux confits et pâtes de bruits, méduses de caramel et curaçao, bonbons acidulés et pieds paquets,  papayes en grappes , asperges musicales, symétries de poisson-chat, cochons de lait spiralés à la chantilly, guimauve ovipare sur vaporisation de lait fraise, alcool de riz, calva, whisky, chouchen, ratafia, champomy et champagne, salé-sucré, distillat de fleurs carnivores, femmes confites, femmes-clepsydres, femmes-sabliers s'écoulant en pollen, cerises à l'eau de vie, surtout de l'eau de vie arrosant le pied d'un grand frêne.

La bouche enivrée se fit dix langues pour chanter Baby Doll.

 

A cette époque la fertilité du cosmos était sans limite et la liberté de copulation maximum.

C'était bien avant l'apparition de Dieu, avant même la mythologie, avant même les premières manifestations du cerveau. Les mots n'étaient qu'arabesques et musiques. Les nombres étaient décoratifs. On disait 1, 2, 3, 4, beaucoup, ça suffisait. Le bien et le mal étaient des saisons comme les autres...

 

L'univers en était là lorsque les humains arrivèrent

Encore, au début, n'arrivèrent-ils que par morceaux indépendants:

pieds, têtes, pancréas, oreilles, sexe, cou, doigts, mains, nez, ventres, yeux, jambes, utérus, cheveux....

 Ils se glissaient dans les images comme des caméléons, se servaient des autres vies comme de parures de carnaval.

Et encore, au début n'y eut-il que des ébauches de féminités. Elles coulaient dans les interstices de l'espace comme des huiles parfumées.

L'homme, lui n'était encore qu'une tête maladroite prise dans les racines de l'arbre de la connaissance.

La mort n'existait pas.

Tout était liberté.

 

Les titres ne sont plus des modes d'emploi mais des réclames aguichantes pour d'étranges spectacles d'aquariums forains:

Aujourd'hui, en exclusivité dans votre ville pour une représentation exceptionnelle:

 « Totem et Gallinacées »

Par la Compagnie des Jardiniers Équilibristes Zoomorphes

 

 

Après,

On sait ce qui s'est passé:

Plus le temps passait plus leur pesanteur rendaient

les humains inaptes à la vie intergalactique.

Cette pesanteur devint de l'orgueil

L'orgueil leur fit inventer Dieu

À qui ils demandèrent de les créer,

Le Dieu ne se le fit pas dire deux fois,

Puis leur imposa un cerveau adapté à leur gravité.

Alors ils se réfugièrent frileusement sur la terre

comme sur un radeau de la méduse.

Mais ça, c'est après.

Après la peinture de Ka Ti.

 

Elle, s'attache avec tendresse et curiosité aux tout premiers moments de la vie des choses et des corps.

Bien-sûr, et c'est légitime, les amateurs de mythologie pourront décrypter partout dans son travail, des prémisses de mythes, des embryons de légendes. Chez elle, l'image précède la parole.

 

Ka Ti ne met pas de l'ordre dans le chaos, au contraire elle réanime le chaos et rebat les cartes du monde pour lui laisser une chance de partir dans une autre direction.

 

Nous ne nous connaissons pas. En réalité nous nous sommes rencontrés à l'occasion d'une exposition. Son travail m'a plu. Elle m'a demandé si je pouvais lui écrire un texte. J'ai tout de suite accepté. Je ne sais pas si sa peinture est « douloureuse » ou pas, depuis combien de temps elle peint... etc... Mais le sentiment que j'ai est que son art est un art de la nécessité. Tant mieux si on le trouve beau, délirant ou agréable. Tant mieux si on peut le partager et qu'il trouve un écho chez les autres mais c'est avant tout un art impulsif, un art dont on sent qu'il est indispensable à la survie du peintre lui même!

 

J'ai essayé d'en parler gaiement parce qu'il se dégage une grande impression de gaité mais peut-être parfois les tableaux n'adviennent-ils que pour soulager un trop plein de bouillonnement et leur "accouchement" s'apparente alors à l'extraction d'une tumeur encombrante, de l'expulsion d'une excroissance difforme et envahissante. Peut-être! Ça ne donne que plus de prix au rire.

Les amateurs de psychanalyse s'efforceront sans doute de traquer les discours subliminaux et tisseront une toile indiscutable dans laquelle le sens de l'œuvre sera capturé et dévoilé.

Pour eux l'œuvre se fera miroir.

J'imagine bien les personnages des tableaux, humains, animaux et objets confondus,  écouter ces explications avec le plus grand sérieux et beaucoup de patience.

Mais dès que le dernier exégète aura passé la porte, ils oublieront tout et retourneront tranquillement à leurs plaisirs dionysiaques.

Le troisième œil pourra continuer sa sieste.                                                 

 

Frédéric Magnin